1984

« Les meilleurs livres sont ceux qui nous disent ce que nous savons déjà ».

C’est précisément la raison pour laquelle, cher Monsieur Orwell, votre livre est l’un de mes préférés. Car toute modestie mise à part et sans vouloir vous froisser, je n’ai en effet rien appris de nouveau en vous lisant.

Je n’ai pas eu besoin de votre 1984 pour comprendre que dans une logique capitaliste arrivée à bout de souffle, une pandémie mondiale sert de prétexte idéal à empêcher des secteurs entiers de travailler, asservissant ainsi – et cette fois de façon tout à fait décomplexée – tout une partie de la population, désormais tributaire et victime consentante de la « charité d’un état qui la maintient à peine en vie ».

Je n’ai pas non plus eu besoin de lire Le Livre qu’O’Brien remet à Winston dans la fameuse deuxième partie de votre ouvrage pour comprendre et analyser les mécanismes de manipulation des masses; la « classe moyenne sup’  » du monde auquel j’appartiens – celle que vous dépeignez par ailleurs à la perfection – remplie fort bien sa mission dans le projet de non-satisfaction planifiée des besoins minimums de la population.

Cette mission passive dont vous parlez si bien. Cette mission tacite et orchestrée par l’oligarchie et dans le cadre de laquelle les groupes pseudo-favorisés sont eux-mêmes maintenus « au bord du seuil de pauvreté ».

Ces groupes qui pour autant persistent à s’enorgueillir du peu de privilèges que leur caste détient par rapport aux autres et qui, bien qu’ils soient dérisoires, suffisent à les aveugler par l’égo, puisque c’est bien connu, « le contexte de pénurie accroît la valeur des petits privilèges ».

Je n’ai pas non plus eu besoin de vous pour savoir qu’appauvrir le langage appauvrit automatiquement la pensée puisqu’un jour Bergson nous a fait réaliser que « c’est dans les mots que nous pensons ».

Bien sûr que parole et pensée sont étroitement liées. Bien sûr que la non-maîtrise du langage conduit automatiquement à une argumentation non-raisonnée, potentiellement amalgamée et fatalement décrédibilisée par manque de ressources verbales et donc, de repères conceptuels.

Bien sûr qu’atrophier le langage renvient à amputer la pensée. Les 20 ans de téléréalités servis quotidiennement par notre télécran à nous en sont la triste illustration.

Vous ne m’avez rien appris, cher Monsieur Orwell. Car soyons honnête: une personne un tant soit peu observatrice du monde dans lequel elle vit et dotée des quelques neurones nécessaires à analyser ce qu’elle observe de son environnement n’apprendra rien de vous.

Le problème étant – et cela aussi vous l’avez fort bien formulé – que dans une organisation sociale et politique où les moyens de comparaison sont inexistants ou biaisés par l’oligarchie et où la liberté de penser est accordée à des gens qui de toute façon ne sont pas capables de penser, beaucoup apprennent à la lecture de votre chef d’oeuvre.

Votre froideur sur fond de clairvoyance, d’épuration et de pragmatisme rend compte de la défaillance des sociétés contemporaines, et ce, sans basculer dans cette surcharge émotionnelle qui envahit tout un chacun lorsqu’il est question de remettre en cause les repères empiriques. Beaucoup arrivent (enfin) à prendre de la hauteur et à questionner ce modèle dans lequel ils sont tristement esclaves et acteurs à la fois.

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