COVID-19: et l’émotionnel dans tout ça ?

Depuis son apparition le 17 novembre 2019 dans la ville de Wuhan en Chine, le COVID-19 a donné lieu à de nombreuses mesures sanitaires prises par les gouvernements du monde entier.

Face à la mise en place de couvre-feux, de confinements, d’une diminution et d’un contrôle renforcé des flux humains aux frontières, entre défiance et résignation, les individus ont manifesté diverses attitudes face à la nouvelle conjoncture mondiale.

L’Egypte, jusqu’alors relativement épargnée par la pandémie puisque selon l’OMS, seuls 544 décès ont été recensés en date du 14 mai 2020 (contre 26 948 en France à la même date), a elle aussi suivi la tendance globale en officialisant la fermeture des écoles et des lieux publics.

Dans un tel contexte, la gestion émotionnelle des individus face à cette crise sanitaire inédite présente une ambivalence indéniable.

En effet, si des groupes de solidarité COVID-19 fleurissent sur les réseaux sociaux, incitant – entre autres – au confinement, d’autres affirment être sereins face à cette situation.

C’est le cas d’Alia, collégienne égyptienne, qui, bien que préoccupée par la gravité du virus et contrainte de suivre ses cours à distance, affirme être rassurée par les décisions prises par le gouvernement. La jeune fille estime que ce dernier démontre ainsi sa volonté de « maintenir un environnement sanitaire sûr pour les élèves et leur entourage ».

Par ailleurs, la dynamique cairote, à défaut d’être totalement suspendue, se voit tout de même ralentie. En effet, si les habitants du Caire affichent une certaine sérénité vis-à-vis de la pandémie, il semblerait que ces derniers veillent tout de même à restreindre leurs déplacements, comme en témoignent les rues désengorgées et le trafic globalement fluidifié.

Cette attitude des locaux fait échos aux mesures préventives prises graduellement par le gouvernement égyptien, ayant jusqu’à maintenant privilégié une attitude pondérée face à l’évolution de la pandémie.

Le confinement total relevant en effet d’un challenge insurmontable dans la plus grande agglomération du monde arabe, la priorité a été donnée à des mesures adaptées aux réalités sociales de la métropole. Ainsi, les autorités égyptiennes ont mis l’accent sur la réduction des flux pendulaires, sur l’accès facile aux protections sanitaires de base et sur la désinfection massive des lieux publics.

Les expatriés tiraillés entre deux réalités

Toutefois, face au comportement relativement serein des égyptiens, nous observons une gestion émotionnelle différente dans le milieu expatrié, notamment français.

Certains expatriés français affirment ainsi – sur les réseaux sociaux, entre autres – avoir pris l’initiative de se confiner, et, de façon générale, de suivre les mesures prises par leurs pays respectifs.

Selon Karine, psychologue clinicienne exerçant au Caire, cette attitude renvoie à une double identification du statut du français expatrié:

« La personne expatriée doit constamment jauger dans son processus identificatoire entre une identification à sa culture d’origine et une identification à son expérience de l’étranger. Face à l’ambivalence observée chez les expatriés français, nous pouvons faire l’hypothèse que de ce double processus identificatoire, un demeure majeur.

Nous pouvons penser qu’au coeur d’une situation de crise sanitaire, cet équilibre se trouve fragilisé, voir menacé car il faut prendre position en obéissant à l’injonction d’un Etat. Il s’agit d’obéir mais aussi de construire des croyances suffisamment solides pour acter quelque chose qui se pourrait être restrictif sur le plan personnel.

Nous pourrions illustrer cette idée par l’existence d’un fil rouge sur lequel nous nous positionnons. Selon plusieurs variables, comme la façon dont nous nous sommes structurés, nos antécédents, l’environnement personnel et bien d’autres, nous allons faire le choix décisif de notre gestion comportementale future avec la dimension émotionnelle que cela sous-tend.

C’est pourquoi nous pouvons observer une sorte de « copier-coller » de la part de certains de ces expatriés qui appliquent dans le pays d’accueil les consignes en vigueur dans leur pays d’origine et ne peuvent s’empêcher d’adopter un discours qui se veut étranger ».

La clinicienne préconise de « faire un pas de côté et de juger si à l’échelle du pays notre forme d’action a du sens et n’est pas plus restrictive qu’efficace. Il est important de savoir que nous avons le droit d’adapter constamment notre manière de faire ».

Si le couvre-feu prononcé le 25 mars dernier par le gouvernement égyptien a été prolongé mais a raison de dix heures consécutives au lieu des onze initialement prévues, le gouvernement français à quant à lui autorisé le déconfinement le 11 mai.

En attendant, les étrangers vivant en Egypte devront une fois encore se positionner quant à ces mesures.

OMS: Rapport de situation n° 114 du 14 mai 2020, World Health Organization website.

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