Le jour où j’ai compris que le permis de conduire que j’ai mis quatre fois à avoir ne valait plus rien

Ce matin, le taxi qu’Uber m’a envoyé pour que je puisse partir au boulot est arrivé avec une portière en moins.

No, it’s not a joke. La bagnole qui s’est approchée de moi et que j’ai identifiée comme étant mon taxi après avoir dû déchiffrer la plaque d’immatriculation en arabe avait bel et bien une portière arrachée.

C’est assez surprenant mais ce qui l’est encore plus, c’est que je suis montée dedans sans broncher.

Ce n’est qu’une fois partie, lorsque mon chauffeur s’est mis à faire marche arrière puis demi-tour sur l’autoroute après avoir raté la sortie, que j’ai réalisé que le permis de conduire que j’ai dû passer quatre fois avant de l’avoir ne valait désormais plus rien.

Mon permis de conduire, mais également tout le reste puisque Le Caire, c’est cette ville qui a fait voler en éclat à peu près 29 ans de fondamentaux.

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C’est cette ville où tu fais la queue au resto pour un chawarma* et où tu te retrouves avec une portion de foul*.

C’est cette ville où tu arrives habituellement avec deux petites heures de retard parce « de toute façon, on est en Egypte ».

L’Egypte, c’est aussi ce pays où on te félicite pour les quelques mots d’arabe que tu as réussi à apprendre même si, pour les prononcer correctement, il te faudrait un forfait illimité chez l’orthophoniste.

C’est ce pays où tu finis par reconnaître les versets du Coran à force de les avoir entendu jusque dans les chiottes des aires d’autoroute et où tu identifies les vieux diesels allemands sous les plaques d’immatriculation égyptiennes parce qu’il est bien connu qu’en Afrique, ils pollueront moins que chez nous…

C’est également cet endroit où les commerçants te rendent la monnaie avec des bananes et où tu appelles la femme du bawab* pour faire le ménage chez toi, même quand tu n’as pas besoin, mais juste parce que tu sais que la famille a besoin d’argent.

Pour l’Européenne, fût un temps fille du Golfe puis Ottomane que je suis et que j’ai été, l’Egypte, c’est un peu l’ordre mondial qui t’explose à la gueule.

Vivre ici, c’est arrêter de grogner quand le wifi est un peu lent, c’est arrêter de fantasmer sur une voiture soi-disant « haut de gamme » vu que ton voisin du dessus mettrait dix ans à se payer la titine que t’as eu pour tes 18 ans.

Au Caire, t’oublies tout, tu repars de zéro.

L’Égypte, Masr pour les intimes, te réapprend à vivre, pour le meilleur et pour le pire.

 

 

*Chawarma: kebab égyptien

*Foul: purée de fèves

*Bawab: gardien d’immeuble

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